eso1832fr — Communiqué de presse scientifique

Quand l’Univers s’illumine ...

Le spectrographe MUSE révèle que la presque totalité de l’Univers jeune baigne dans un rayonnement de type Lyman-alpha

1 octobre 2018

Des observations du ciel profond effectuées au moyen du spectrographe MUSE qui équipe le Very Large Telescope de l’ESO ont mis à jour l’existence de vastes réservoirs cosmiques d’hydrogène atomique en périphérie de lointaines galaxies. L’extrême sensibilité de MUSE a permis d’observer directement de minces nuages d’hydrogène émettant une raie Lyman alpha au sein de l’Univers jeune – révélant par la même que le rayonnement de la quasi-totalité du ciel nocturne est invisible.

Grâce à l’instrument MUSE installé sur le Very Large Telescope (VLT) de l’ESO, une équipe internationale d’astronomes a découvert un excès inattendu d’émission Lyman-alpha au sein du Champ Ultra Profond d’Hubble (HUDF). Cette émission couvre la quasi-totalité du champ de vue – ce qui a conduit l’équipe à supposer que la presque totalité du ciel est emplie d’un rayonnement invisible de type Lyman alpha issu de l’Univers jeune [1].

Les astronomes ont la coutume d’observer un ciel dont l’aspect diffère suivant la longueur d’onde considérée. L’ampleur de l’émission Lyman alpha observée les a toutefois particulièrement surpris. “Réaliser que le ciel dans son ensemble rayonne à des longueurs d’onde visibles en observant l’émission Lyman alpha en provenance des lointains nuages d’hydrogène fut une réelle surprise” explique Kasper Borello Schmidt, l’un des membres de l’équipe d’astronomes à l’origine de cette découverte.

Il s’agit là d’une grande découverte !” ajoute Themiya Nanayakkara, un autre membre de l’équipe. “La prochaine fois que vous regarderez un ciel sombre, sans Lune, peuplé d’étoiles, imaginez l’invisible lueur de l’hydrogène : le premier élément constitutif de l’Univers, baignant la quasi-totalité du ciel nocturne.”

La région UHDF observée par l’équipe se situe dans la constellation du Fourneau. Cette région peu remarquable du ciel fut cartographiée par le Télescope Spatial Hubble du consortium NASA/ESA en 2004 : 270 heures d’observation avaient alors permis à Hubble de la scruter en profondeur.

Les observations UHDF ont révélé l’existence de milliers de galaxies à l’arrière-plan d’une petite zone sombre du ciel, nous donnant un aperçu des vastes dimensions de l’Univers. Les exceptionnelles performances de MUSE nous ont récemment permis de sonder cette région plus en profondeur. La détection de l’émission Lyman alpha au sein de l’UHDF est une première : cette raie de faible intensité en provenance des enveloppes gazeuses des premières galaxies n’avait jamais été observée auparavant. Cette image composite montre le rayonnement Lyman alpha de couleur bleue, superposé à la célèbre image UHDF.

MUSE, l’instrument à l’origine de ces dernières observations, est un spectrographe de champ intégral de dernière génération installé sur la quatrième Unité Télescopique du VLT à l’Observatoire Paranal de l’ESO [2]. Lorsque MUSE observe le ciel, il décompose la lumière frappant chaque pixel du détecteur en ses composantes de différentes couleurs. Le fait d’observer l’intégralité du spectre de lumière en provenance des objets astronomiques nous offre un aperçu des processus astrophysiques se produisant dans l’Univers [3].

Grâce aux observations de MUSE, nous disposons d’une toute nouvelle vision des cocons de gaz diffus qui entourent les galaxies de l’Univers jeune” précise Philippe Richter, un autre membre de l’équipe.

L’équipe internationale d’astronomes qui a effectué ces observations a tenté d’identifier la raison pour laquelle ces lointains nuages d’hydrogène émettent une raie Lyman alpha. L’origine précise demeure toutefois mystérieuse. Cette faible lueur emplissant la quasi-totalité du ciel nocturne, des travaux ultérieurs devraient permettre d’en déterminer l’exacte origine.

A l’avenir, nous prévoyons d’effectuer des mesures plus précises encore” conclut Lutz Wisotzki, qui pilote l’équipe. “Nous voulons connaître la distribution spatiale de ces vastes réservoirs cosmiques d’hydrogène atomique.”

Notes

[1] La lumière se propage à une vitesse étonnamment élevée mais finie. Cela signifie que la lumière captée sur Terre a mis beaucoup de temps à voyager depuis les galaxies distantes, nous offrant une fenêtre sur le passé, lorsque l’Univers était beaucoup plus jeune.”

[2] Yepun, la quatrième unité télescopique du VLT, est équipée d’un ensemble d’instruments scientifiques exceptionnels et de systèmes technologiquement avancés, parmi lesquels figure l’Installation d’Optique Adaptative qui a récemment reçu le Prix Paul F. Forman 2018 de la Société Optique Américaine.

[3] La raie Lyman alpha observée par MUSE est émise lorsque se produisent des transitions électroniques au sein des atomes d’hydrogène. Ces transitions s’accompagnent de l’émission de lumière à la longueur d’onde de 122 nanomètres. Cette lumière se trouve totalement absorbée par l’atmosphère de la Terre. Seule l’émission Lyman alpha « redshiftée » – décalée vers le rouge – en provenance des galaxies extrêmement lointaines dispose d’une longueur d’onde suffisante pour traverser l’atmosphère terrestre sans être absorbée et finalement être détectée par les télescopes au sol de l’ESO.

Plus d'informations

Ce travail de recherche a fait l’objet d’un article intitulé “Nearly 100% of the sky is covered by Lyman-α emission around high redshift galaxies”, paru ce jour dans la revue Nature.

L’équipe est composée de Lutz Wisotzki (Institut d’Astrophysique de Leibniz Potsdam, Allemagne), Roland Bacon (CRAL - CNRS, Université Claude Bernard Lyon 1, ENS de Lyon, Université de Lyon, France), Jarle Brinchmann (Université de Leiden, Pays-Bas; Institut d’Astrophysique et des Sciences  d’Espaço, Université de Porto, Portugal), Sebastiano Cantalupo (ETH Zürich, Suisse), Philipp Richter (Université de Potsdam, Allemagne), Joop Schaye (Université de Leiden, Pays-Bas), Kasper B. Schmidt (Institut d’Astrophysique de Leibniz Potsdam, Allemagne), Tanya Urrutia (Institut d’Astrophysique de Leibniz Potsdam, Allemagne), Peter M. Weilbacher (Institut d’Astrophysique de Leibniz Potsdam, Allemagne), Mohammad Akhlaghi (CRAL - CNRS, Université Claude Bernard Lyon 1, ENS de Lyon, Université de Lyon, France), Nicolas Bouché (Université de Toulouse, France), Thierry Contini (Université de Toulouse, France), Bruno Guiderdoni (CRAL - CNRS, Université Claude Bernard Lyon 1, ENS de Lyon, L’Université de Lyon, France), Edmund C. Herenz (Université de Stockholm, Suède), Hanae Inami (L’Université de Lyon, France), Josephine Kerutt (Institut d’Astrophysique de Leibniz Potsdam, Allemagne), Floriane Leclercq (CRAL - CNRS, Université Claude Bernard Lyon 1, ENS de Lyon, L’Université de Lyon, France), Raffaella A. Marino (ETH Zürich, Suisse), Michael Maseda (Université de Leiden, Pays-Bas), Ana Monreal-Ibero (Institut d’Astrophysique des Canaries, Espagne; Université de La Laguna, Espagne), Themiya Nanayakkara (Université de Leiden, Pays-Bas), Johan Richard (CRAL - CNRS, Université Claude Bernard Lyon 1, ENS de Lyon, L’Université de Lyon, France), Rikke Saust (Institut d’Astrophysique de Leibniz Potsdam, Allemagne), Matthias Steinmetz (Institut d’Astrophysique de Leibniz Potsdam, Allemagne), et Martin Wendt (Université de Potsdam, Allemagne).

L'ESO est la première organisation intergouvernementale pour l'astronomie en Europe et l'observatoire astronomique le plus productif au monde. L'ESO est soutenu par 15 pays : l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, le Danemark, l'Espagne, la Finlande, la France, l'Italie, les Pays-Bas, la Pologne, le Portugal, la République Tchèque, le Royaume-Uni, la Suède et la Suisse. L'ESO conduit d'ambitieux programmes pour la conception, la construction et la gestion de puissants équipements pour l'astronomie au sol qui permettent aux astronomes de faire d'importantes découvertes scientifiques. L'ESO joue également un rôle de leader dans la promotion et l'organisation de la coopération dans le domaine de la recherche en astronomie. L'ESO gère trois sites d'observation uniques, de classe internationale, au Chili : La Silla, Paranal et Chajnantor. À Paranal, l'ESO exploite le VLT « Very Large Telescope », l'observatoire astronomique observant dans le visible le plus avancé au monde et deux télescopes dédiés aux grands sondages. VISTA fonctionne dans l'infrarouge. C'est le plus grand télescope pour les grands sondages. Et, le VLT Survey Telescope (VST) est le plus grand télescope conçu exclusivement pour sonder le ciel dans la lumière visible. L'ESO est le partenaire européen d'ALMA, un télescope astronomique révolutionnaire. ALMA est le plus grand projet astronomique en cours de réalisation. L'ESO est actuellement en train de programmer la réalisation d'un télescope géant (ELT pour Extremely Large Telescope) de la classe des 39 mètres qui observera dans le visible et le proche infrarouge. L'ELT sera « l'œil le plus grand au monde tourné vers le ciel ».

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Email: thierry.botti@osupytheas.fr

Lutz Wisotzki
Leibniz-Institut für Astrophysik Potsdam
Potsdam, Germany
Tel: +49 331 7499 532
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Lyon, France
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Ce texte est une traduction du communiqué de presse de l'ESO eso1832.

A propos du communiqué de presse

Communiqué de presse N°:eso1832fr
Nom:Hubble Ultra Deep Field
Type:Early Universe : Cosmology : Morphology : Deep Field
Facility:Very Large Telescope
Instruments:MUSE
Science data:2018Natur.562..229W

Images

Quand l’Univers s’illumine ...
Quand l’Univers s’illumine ...
Image du ciel qui entoure l’Hubble Ultra Deep Field issue du Digitized Sky Survey
Image du ciel qui entoure l’Hubble Ultra Deep Field issue du Digitized Sky Survey
Le Champ Ultra Profond de Hubble dans la constellation du Fourneau
Le Champ Ultra Profond de Hubble dans la constellation du Fourneau

Vidéos

ESOcast 178 Light: Quand l’univers s’illumine...
ESOcast 178 Light: Quand l’univers s’illumine...

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